Edito du numéro 827 du 15/02/06
Michel Pech
Directeur de publication délégué

La ceinture et les bretelles

Lors d'un voyage en Roumanie (voir page33), la rédaction a pu visiter un sous-traitant en plein essor, appliquant à la lettre les leçons de Poka Yoke, afin de faire juste du premier coup.
Effectivement, dans ce pays où la culture mécanicienne redémarre à peine, les sources d'erreurs humaines sont légions.
Les méthodes appliquées pour une recherche permanente de la qualité totale méritent alors une attention particulière.
Avec le constructeur de machines-outils – français en l'occurrence – et son sous-traitant, le donneur d'ordres a tout prévu en amont des risques.
En principe, avec une machine capable, de bons outils, un posage sûr, un arrosage fiable et une matière connue, de bonnes méthodes produisent de bonnes pièces à tout coup. Mais il faut tout vérifier.
Chaque procédé est ainsi décortiqué quant à la structure de la machine, la prise des pièces, la tenue et longévité des outils, la lubrification et le lavage des pièces, jusqu'à leur rangement dans les paniers de transport.
Chaque phase d'usinage se déroule avec 3 fois plus de précautions et de contrôles automatiques – avant, pendant et après –, qu'on n'en rencontre en France.
Certes, les temps de cycles sont ralentis par ces mesures et précautions supplémentaires, mais un taux de rendement supérieur grâce à une production ininterrompue contribue aussi à la baisse des coûts.
Certes, le coût d'investissement est légèrement supérieur, mais le taux de rebut est pratiquement nul.
De plus, un contrôle classique sous SPC est tout de même mis en œuvre, afin d'inculquer une sacro-sainte culture de la qualité aux opérateurs.


Il semble, ici, que l'on mette une ceinture et des bretelles pour tenir le pantalon de la qualité.
Mais finalement, si l'un lâche, il est toujours possible d'avancer grâce à l'autre.
Ainsi, cette leçon de bon sens prise en Roumanie montre plusieurs choses, qu'on a trop tendance à oublier chez nous : Tout d'abord, que des investissements de dernière génération permettent de rattraper très rapidement un retard de plusieurs générations.
Qu'ensuite, l'envie et le besoin de travailler donnent l'humilité d'apprendre et de tout mettre à plat, donc la possibilité de progresser.
Qu'enfin il est réjouissant de voir un peuple accéder à son mieux-être.
Il devient aussi un client pour notre technologie.
Même s'il a besoin d'une ceinture et de bretelles pour avancer.

 
Extrait de l'article paru dans Machines Production 827 du 15/02/06, page 3.
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