|
Michel Pech Directeur de publication délégué |
Matières premières ou questions primordiales?
Ce guide des nuances de coupe 2007 vient à propos nous rappeler l’importance des matières premières, pour la survie de notre industrie. Dans un contexte de surchauffe de la consommation chinoise, l’envol des prix du carbure constitue une leçon à méditer : Dans les années 80-90, le minerai de carbure en provenance de Chine était extrêmement bas. Abandonnant la compétition, la plupart des autres mines ont fermé leur exploitation, laissant la Chine détenir 80% du marché mondial. Aujourd’hui, la consommation chinoise étant devenue très forte, la loi de l’offre et de la demande pousse les prix vers les sommets, avec des hausses jusqu’à plus de 300% en un an, sur certaines nuances. Celles-ci sont subies et répercutées peu ou prou par les fabricants de produits finis, en fonction de leur pourcentage de plus-value ajoutée.
Elles seront très importantes sur un produit lourd et peu travaillé, presque négligeables sur une plaquette de petite taille, ouvragée et intégrée dans un outillage de coupe complet. D’autres exemples dans le cuivre ou l’acier montrent que la maîtrise des matières premières, négligée pendant plusieurs décennies, prend une importance grandissante. Le pays ou le consortium qui détient cette production fixe les règles du jeu, et le prix à payer. Si quelques organismes régulateurs tentent de freiner la tendance au niveau international, les équilibres diplomatiques limitent souvent leur action à des effets d’annonces. C’est pourquoi, plusieurs questions sont posées à l’ensemble des acteurs industriels, par l’exemple du carbure chinois : Est-ce que chaque entreprise consommatrice de plaquettes et outils en carbure, plus généralement de matières premières consommables, pense à leur recyclage ? A quel niveau le prix de la matière va-t-il rendre la prolongation de son utilisation – l’affûtage des plaquettes, par exemple – intéressant ? Plus généralement, si les acheteurs européens poursuivent leur politique du low-cost aveugle, les produits mécaniques ne vont-ils pas subir un sort similaire ? Ne serait-il pas préférable de maintenir un outil industriel fort pour, demain, ne pas céder au diktat d’un monopole de fait ? Est-ce que notre entourage non industriel se rend compte de l’implication des industries mécaniques dans la vie de tous les jours, tant en amont – consommation de matières – qu’en aval – utilisation des produits – ? Que faisons-nous pour améliorer cette prise de conscience ? Est-ce que nous aimons assez nos enfants pour leur laisser un pays, une industrie, en meilleur état en sortant que nous ne l’avons trouvé en entrant ? Si ces questions apparaissent primaires, la recherche des bonnes réponses n’en devient pas moins primordiale. Mais ne dit-on pas qu’un problème bien posé apporte déjà sa solution ?
|