Edito du numéro 840 du 31/10/06
Michel Pech
Directeur de publication délégué

Jouer à se faire peur

Lors de chaque rencontre industrielle sur une exposition française ou européenne, les conversations vont bon train sur la puissance croissante de la Chine.
Les uns prêchent l’implantation à tout prix dans ce pays, afin d’en conquérir le plus possible de parts de marché.
Les autres crient au scandale de la délocalisation, annonçant qu’un tel mouvement présage d’un futur désert industriel en France.
Quelques-uns parlent de leur expérience, soulignant les difficultés techniques et les incompréhensions culturelles rencontrés.
Quelques autres décrivent une réussite hors du commun, portée par une vague de modernité qui roule le long de la côte Pacifique.
Aucun n’a la moindre idée de ce qui va se passer dans les années et les décennies à venir, tant les paramètres économiques sont nombreux et peuvent faire basculer les choses d’un côté ou de l’autre.


Les orientations politiques, la parité monétaire avec le dollar, la surchauffe de l’économie, l’épuisement des matières premières sont autant d’interrogations sans réponse définitive.
La seule chose certaine, c’est que le changement ne s’arrêtera ni en Amérique, ni en Asie, non plus qu’en Afrique, Europe ou Inde.
Devant ces incertitudes, le premier des bon sens commande de renforcer ses positions là où elles sont fortes, pour aller ensuite conquérir tous les marchés qui ont besoin de notre savoir-faire.
Mais tout cela doit se faire avec une bonne dose d’explications et de transparence, pour que chacun comprenne les tenants et aboutissants d’une stratégie, quelle qu’elle soit.
S’il faut s’implanter en Chine, Turquie ou en Afrique pour développer son activité, implantons-nous !
Si l’on souhaite toujours produire ici ce que l’on ne sait pas encore faire là-bas, investissons ici !
Si l’on ne veut pas délocaliser et être compétitif par rapport à tous les pays à bas coût salariaux, automatisons plus !
Si l’on a envie que chacun adhère à notre projet et le rende plus cohérent, plus dynamique et plus pérenne, expliquons-le à tous !
Si l’on espère travailler dans un climat serein où le dialogue prime sur l’affrontement, négocions avec chacun !
Ce sera de toute façon l’esprit d’action et de construction de toute une équipe, de toute une entreprise, qui l’emportera sur toutes les craintes de l’inconnu. Souvent infondées, elles reposent sur un trop-plein d’informations planétaires et contradictoires, trop souvent négatives.
Alors, arrêtons le jeu qui consiste à se faire peur et inventons un jeu qui donne confiance pour s’amuser ensemble :
Celui de la construction de notre avenir commun.

 
Extrait de l'article paru dans Machines Production 840 du 31/10/06, page 3.
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