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Michel Pech Directeur de publication délégué |
L’acheteur sur sa branche
En 1987, dans un cours sur les achats industriels, un professeur agréé par la CDAF – Compagnie des acheteurs français – disait : « Après avoir été dépendant de la production pendant les 30 glorieuses, l’avenir de l’industrie passe aujourd’hui par les achats ». Il avait raison. La plupart des grands comptes automobiles, aéronautiques, médicaux ou autres achètent effectivement une part comprise entre 60% et 80% de leurs produits bruts. On a donc d’abord formé des techniciens, afin de construire des partenariats permettant d’approvisionner leurs pièces techniques auprès de partenaires fiables, en respectant la trilogie qualité - prix- délai. Les sous-traitants devaient fournir un produit bon, juste-à-temps, au juste prix, c’est logique. Mais l’orateur de 1987 ne savait pas que la finance prendrait le pas sur la logique. Aujourd’hui, les acheteurs dépendent des financiers, pas de la production.
Ils doivent acheter moins cher, un point c’est tout. L’augmentation des matières premières n’est pas leur problème, les retouches, la mauvaise qualité ou les arrêts de chaîne non plus. Tout les surcoûts concernant la qualité ou les délais sont imputés à la fabrication, pas à eux. Ils peuvent donc changer de fournisseurs à loisir, choisissant le moins disant du pays le plus aléatoire. Leur seul compteur important montre uniquement le taux de diminution des prix qu’ils ont en charge. D’ailleurs, ils sont souvent recrutés pour leur faculté à ne pas comprendre les aléas techniques, avec celle de réduire les prix, multiplier les appels d’offres et travailler avec des pays low-cost. En Allemagne ou au Japon, cela fait longtemps que l’on a abandonné cette stratégie d’achat, tant on sait l’importance d’avoir des fournisseurs fiables, de véritables partenaires qui permettent de créer des produits de qualité. Une voiture, une machine, un équipement mécanique s’achètent pour répondre à une fonction, pas pour leur prix bas. Car le coût d’une fonction qui n’est pas remplie est toujours trop cher. Mais, s’ils sont honnêtes, il ne faut pas accabler les acheteurs de cette attitude, car elle provient d’abord de stratégie d’entreprises à vocation plus financière qu’industrielle. Et bien, même en raisonnant en termes de profits financiers, il faut dire que ces stratèges du moindre prix scient la branche sur laquelle ils pensent construire leurs maxi gains. Car la plus grande part de plus-value que les donneurs d’ordres réalisent se fait chez leurs sous-traitants. Le savoir-faire de l’usinage, de la production de qualité au plus juste se trouve dans le tissu dense des PMI qui investissent constamment pour améliorer leur compétitivité. Si celles-ci ne peuvent plus le faire, ceux-là ne gagneront rien non plus. Et tout le monde va se casser la figure. Alors, on arrête de scier la branche ?
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