Edito du numéro 862 du 30/01/08
Michel Pech
Directeur de publication délégué

Bonne tête ici vaut mieux , Que deux « tu verras »

En ce début d’année, de nombreux reportages dans cette édition démontrent les capacités d’imagination, d’investissement et de développement de PMI dont l’activité est centrée autour de l’usinage. Le premier guide de la fourniture industrielle constitue un nouvel outil à leur service, page 47.
Paradoxalement, l’un de ces reportages démontre aussi les limites du pouvoir des professionnels des méthodes et de l’atelier. Chez Salomon, figure de proue du sport d’hiver français, un pôle de compétence mouliste a séduit la rédaction de Mach’Pro par sa démarche dynamique. Ses responsables nous exposaient une recherche « no limit » en décembre. Début janvier, le groupe finlandais propriétaire de la marque annonçait la fermeture de l’activité ski en France (voir page 22) avec plus de 250 licenciements à la clé.

Si cette décision ne remets pas en cause (en théorie) l’activité du pôle de compétence en termes de moules pour chaussure et fixations – ce qui nous a conduit à maintenir cet article – il incite à deux réflexions touchant l’industrie en général :
Tout d’abord, les sites industriels dont le centre de décision est à la fois financier et international ne maîtrisent pas leur destin, quel que soit l’objectif des hommes de terrain. D’une part, une rentabilité imposée à court terme ne permet plus de conduire des projets ambitieux à leur finalité. D’autre part, les engagements des groupes internationaux à l’actionnariat dilué doivent toujours être considérés avec beaucoup de suspicion, par tous les acteurs concernés.

Ensuite, les coûts de production « low-cost » sont devenus plus un prétexte de délocalisation fiscale des profits qu’une réalité tangible. Car, la plupart du temps, le coût de production ne représente qu’un faible pourcentage du prix public réel, ce dernier diminuant rarement. En réalité, les grandes enseignes commerciales sont, avec les actionnaires anonymes, les premiers bénéficiaires de ces délocalisations brutales, par un empilage de marge démesuré.
A contrario, les entreprises familiales ou d’actionnariat véritablement industriel profiteront un jour, bénéficient déjà pour certaines, de cet aveuglement des groupes internationaux. On le voit notamment dans le décolletage,
où les entreprises familiales se portent généralement mieux que celles qui ont cédé aux sirènes des fonds de pensions.
Même s’ils restent confrontés à la compétition internationale, ces entrepreneurs savent conserver l’esprit citoyen qui fonde les réussites à long terme. Enfin, et ce n’est pas le moindre, les entreprises qui méritent la confiance et le respect de leurs concitoyens peuvent espérer récupérer les fruits abandonnés par les prédateurs de tous bords.
Alors, dans la mesure de l’influence de chacun, conseillons à tous de conserver une bonne tête industrielle d’ici, plutôt que de croire une multitude de promesses venues de personne et de nulle part.

 
Extrait de l'article paru dans Machines Production 862 du 30/01/08, page 3.
Copyright SOFETEC 2008 - 2012