Edito du numéro 869 du 15/05/08
Michel Pech
Directeur de publication délégué

Métiers à inconnues multiples

Les entreprises de mécanique industrielle et leurs fournisseurs en outils coupants, machines et équipements peinent à recruter du personnel.
C’est peut-être le premier frein à leur croissance.
Ceux qui pratiquent ces métiers savent pourtant qu’ils ont évolué vers des conditions de travail, de salaire, d’hygiène et sécurité bien meilleures que nombre de métiers dits « manuels ». Le bâtiment, le travail hospitalier, les métiers de bouche ou ceux de la route, pour ne citer qu’eux, sont bien plus éprouvants. Et pourtant, les médias généralistes et le grand public évoquent ceux-là largement, en ignorant les opportunités qu’offrent les métiers du travail des métaux.


Pourquoi ?
Cela tient essentiellement à une image inexistante ou complètement erronée de la réalité de nos métiers, hors du cercle de ceux qui les pratiquent. Les parents d’élèves, les professeurs, les journalistes et les politiques savent ce qu’est un fonctionnaire, un maçon, un routier, un restaurateur ou une infirmière. Ils n’ont aucune idée de ce que peut faire un opérateur CNC, un ingénieur méthode, un mouliste, un outilleur ou un décolleteur et encore moins une entreprise de mécanique générale. Ils assimilent les professions de l’usinage à celle de la métallurgie lourde, avec un inconscient collectif encore imprégné de Germinal.
Alors comment attirer de nouvelles vocations ?
C’est d’abord l’image qu’il faut changer, en démontrant l’utilité des métiers industriels, l’implication qu’ils ont dans la vie de chacun :
Sans moule, pas d’objet en plastique ni en verre ; sans décolletage pas d’automobile, ni de montre ; sans mécanique pas d’avion ; sans machine-outil pas d’industrie textile productive, ni d’agriculture moderne, ni d’agroalimentaire performant, ni d’électroménager si pratique ; sans outillage de haut niveau, sans automatisation rationnelle,
pas de production de qualité ; sans industrie mécanique forte, pas d’indépendance réelle de notre pays.
C’est ensuite le savoir-faire, les compétences requises et les perspectives proposées qu’il faut mettre en avant :
Oui ces métiers sont nobles, porteurs d’avenir, avides d’ingéniosité et de motivation personnelle. Oui, ils offrent des perspectives de carrière.
En partant de peu, on peut arriver à beaucoup, si on le veut.
Mais qui doit le faire ?
Chacun de ceux qui sont arrivés au bout de cet édito a son rôle à jouer et toutes les initiatives individuelles et collectives feront bouger les choses.
Mais, dans tous les cas, nous devons résoudre l’équation de nos métiers à inconnues multiples pour le grand public.
Parce qu’il est vital, pour nos entreprises, de lui construire un avenir avec la jeunesse de notre pays.
Sinon, préparons-nous à implanter des bureaux de recrutement en Europe de l’Est ou ailleurs.

 
Extrait de l'article paru dans Machines Production 869 du 15/05/08, page 3.
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