Edito du numéro 915 du 23/12/10
Michel Pech
Directeur de publication délégué

Retrouver la puissance de transmission

L’année nouvelle sera peut-être celle du renouveau de l’apprentissage.
C’est en tout cas ce que souhaitent publiquement nombre de politiques
et d’acteurs industriels.
Souhaitons qu’ils réussissent à relancer ce mode de formation des compétences, car il pourrait contribuer au renouveau de l’industrie française à plusieurs niveaux.
Tout d’abord, la transmission des pratiques d’un métier n’est jamais aussi bien faite que par les pratiquants de ce métier. Ainsi, les professeurs
sont excellents pour fabriquer des intellectuels, les militaires pour formater
des soldats ou les agriculteurs pour enseigner l’agriculture.
Il est donc temps de confier à nouveau aux métallos le soin de former
les tourneurs, fraiseurs, monteurs, techniciens et ingénieurs
dont leur industrie a besoin.


Qu’ils puissent travailler en harmonie avec les pédagogues et professionnels de l’enseignement est souhaitable. Mais que les jeunes puissent vraiment appréhender tous les aspects de leur future profession, au milieu de leurs pairs, est vital pour un cheminement sûr vers une belle carrière.
Ensuite, si l’apprentissage est toujours dénigré par le grand public, c’est en raison d’une profonde méconnaissance de ce parcours professionnel. Dans un effet pervers, la campagne de communication valorisant le bac pour tous a dénigré la voie bien plus évolutive de l’apprentissage. Celle-ci permet effectivement aux jeunes de s’intégrer progressivement dans leur vie professionnelle, en franchissant successivement les étapes du CAP, du BEP, du Bac Pro,
de l’IUT jusqu’à l’ingénieur.
Certes, l’implication individuelle est toujours importante, comme en témoigne un reportage dans cette édition. Mais l’effort personnel et l’amélioration permanente des connaissances ne font-ils pas partie des valeurs humaines
que nous voulons transmettre à nos successeurs ?
Enfin, les exemples de nos voisins allemands, suisses et nordiques prouvent que l’apprentissage permet de construire une industrie forte, dans laquelle les femmes et les hommes se réalisent pleinement. Une formation progressive, bien adaptée, permet de dégager une plus-value collective importante, qui assure de revenus collectifs et individuels gratifiants. Les patrons de PMI familiales allemandes et suisses sont souvent issus de la formation par apprentissage et le savent bien. Ayant suivi le même chemin que leurs employés, ils en connaissent les embûches, savent accompagner leur progression et respectent leurs hésitations.
Alors, l’apprentissage devient une réelle transmission de puissance industrielle.
Nous souhaitons donc à toute l’industrie française qu’elle retrouve pleinement le chemin de la croissance dès 2011. Elle sera d’autant mieux assurée, pour les années futures, avec beaucoup d’apprentis et de nombreux maîtres.
Toute l’équipe de Machines Production vous présente également
tous ses vœux de santé, bonheur et réussite dans vos projets, ainsi qu’à vos proches et vos collaborateurs.

 
Extrait de l'article paru dans Machines Production 915 du 23/12/10, page 3.
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