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Michel Pech Directeur de publication délégué |
L’aéronautique est-elle une industrie comme les autres ?
Depuis qu’il a vu un oiseau voler, l’Homme n’a eu de cesse de l’imiter. Quitte à brûler ses ailes comme Icare, les inventeurs les plus fous et les plus géniaux ont trouvé le moyen de réaliser ce rêve. Aujourd’hui, des millions de personnes traversent les fuseaux horaires sans presque s’en rendre compte, grâce à des appareils d’un confort et d’une sécurité presque parfaite. Pour ce faire, l’industrie aéronautique a bordé la qualité de sa production d’une quantité infinie de procédures et autres certifications. Il est aujourd’hui plus facile à un criminel de sortir de prison qu’à un ingénieur méthode de l’aéronautique de changer un process validé?! Les ateliers de fabrication aéronautique souffrent parfois d’un excès de précautions, empêchant souvent l’adoption de nouvelles technologies trop suspectes, l’audace dans la réduction des coûts, l’innovation en compétitivité. Ainsi, l’électroérosion a souffert des risques dus aux couches blanches, des paramètres de coupes dépassés sont encore pratiqués ici ou là, le carbure monobloc n’a pas supplanté partout les outils HSS, et certains résistent encore à la tentation PCD pour l’usinage d’aluminium. A contrario, l’industrie aéronautique est motrice dans de nombreuses poches techniques et bénéficie d’un réseau de sous-traitance particulièrement dynamique. L’usinage grande vitesse a été inventé pour l’aéronautique française dans les années soixante.
L’usinage du titane sous haute pression d’arrosage, la découpe au jet d’eau abrasif, le robot polyarticulé d’usinage, les procédures de contrôles au laser et bien d’autres innovations plongent leurs racines dans les ateliers de ce secteur. Ceci étant, aujourd’hui l’industrie aéronautique est confrontée à la montée en cadence de sa production d’une part. D’autre part, la concurrence de nouveaux acteurs pourrait bousculer l’hégémonie des deux grands constructeurs. En conséquence, l’industrialisation de la fabrication se rapproche de celle d’industries hautement compétitives, comme celle de l’automobile. Cette dernière colle d’ailleurs aux standards aéronautiques, par une qualité toujours plus élevée pour des séries de plus en plus fragmentées et réduites. Les clivages de la sous-traitance en fonction de secteurs de clientèle clairement identifiés vont donc s’estomper progressivement. Les critères d’achat de l’aéronautique vont peut-être aussi mieux s’équilibrer entre les trois piliers majeurs que sont la qualité, le prix et le délai. Lorsque cet équilibre sera vraiment atteint, alors l’industrie aéronautique sera réellement une industrie comme les autres et pourra profiter pleinement de tout le savoir-faire de la sous-traitance française.
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